( 21 février, 2010 )

Elancourt, la commanderie Templière de Villedieu

EXCELLENTE SOURCE :  http://forteresses2009.canalblog.com/archives/2010/02/20/16983312.html

 

Dans le « Polyptichus » d’Irminon, abbé qui établit un registre des biens de l’Abbaye de Saint-Germain des Prés au IXe siècle , nous rencontrons la première mention du nom de la commune sous la forme latino-germanique d’ « Aglini Curtis » , signifiant la ferme enclose ou l’exploitation d’Aglin ou d’Agil (antrhroponyme). Le nom évoluera ensuite en Herencurtem (1144), Elencuria (1250), Ellencourt (1472), jusque la forme actuelle Élancourt en 1757.

Le village de la Villedieu Lez Maurepas est une commanderie de l’ordre du Temple, paroisse d’Elancourt, archidiaconé du pincerais, doyenné de Poissy. La Commanderie a été fondée vers 1180 par les moines-soldats de l’Ordre du Temple. Parmi d’autres dons, la commanderie reçu de Gui II, seigneur de Chevreuse, à sa mort en 1182, les droits sur la terre de La Brosse (près de Lévis-Saint-Nom), donation qui fut confirmée par Simon de Chevreuse, fils du précédent et frère de Milon IV, son ainé, qui ne régna que de 1182 à 1190. De plus, celui-ci leur laissa, en toute propriété, avant son départ pour la troisième croisade, le village de Boullay-les-Troux, le bois des Layes à Auffargis et le haras installé sur le domaine. Lors de la dissolution de l’Ordre en 1312, tous les biens de la Villedieu-Maurepas furent placées sous l’obédience de la commanderie hospitalière de Louviers-Vaumion. Les terres, la chapelle Saint-Thomas et le grand vivier qui constituait la commanderie avaient été données en 1181 par Godefroy d’Ambleville aux frères de Jérusalem. L’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem deviendra l’Ordre de Malte.

La coutume en vigueur sur le territoire de la commanderie était celle de Trappes, antérieure à l’an mille, qui fut règlementée en aout 1226 par Pierre d’Auteuil, abbé de Saint-Denis. Il n’est pas douteux que certains articles de ce remaniement soient en rapport avec des démêlés entre l’Abbaye et les Templiers, dont les possessions se trouvaient enclavées dans les terres Saint-Dionisiennes. Par la bulle Omne datum optimum que Saint Bernard leur avait fait accorder, les Templiers jouissaient de privilèges en rapport avec les services qu’ils rendaient ou avaient rendus en Orient. Exemptés d’impôts, de dimes, dépendants uniquement du Pape, exerçants leur propre justice, ils constituaient une entité qui était loin de plaire aux religieux de Saint-Denis et à beaucoup d’autres. La commanderie, sinon la chapelle, eut beaucoup à souffrir comme tous les environs des bandes de pillards, routiers et écorcheurs, ainsi que de l’occupation anglaise durant la Guerre de Cent ans. le domaine se trouvait dans un tel état de pauvreté à la fin des hostilités que, ne pouvant plus subvenir à ses propres besoins, il fut directement rattaché à l’hôpital Saint-Jean de Latran de Paris, dépendant du Grand Prieuré de France, en 1474. Durant les guerres de religion, le domaine fut rançonné par les troupes huguenottes en 1567 et 1568.

Nom des commandeurs connus de 1469 à 1789

Dates

Guillaume Lesbahy

1469-1506

Charles des ursins

1506-1522

Guillaume Quignon

1522-1549

François de Lorraine

1549-1550

Pierre de la Fontaine

1550-1567

Guillaume de la Fontaine d’Ognon

1567-1569

Henri d’Angoulême

1569-1577

Philibert l’Huillier

1577-1597

Bertrand Pelloquin

1597-1603

Georges de Regnier

1603-1620

Alexandre de Bourbon

1620-1630

Guillaume de Meaux

1630-1639

Amador de la Porte

1639-1645

Hugues Rabutin de Bussy……………………….. … ……

1645-1647

Jacques de Souvray ou de Souvre

1647-1670

Henry de la Salle

1670-1677

Pierre de Culant, seigneur de la La Brosse

1677-1683

François Noué de Villiers

1684-1691

Jacques de Noailles

1691-1696

Alexandre César d’O

1696-1707

Francois le Maire de Parisis Fontaine

1708-1716

Adrien Claude Le Tellier

1717-1721

Joseph de Laval Montmorency de Montigny

1722-1734

Alexandre Thomas du Bois Givry

1734-1741

Joseph de Lancry Pronleroy

1741-1751

Jean Bois Roger de Rupierre

1751-1770

Louis François de Paule Le Febvre d’Ormesson

1771-1782

Jacques de Rogres de Champigneulles

1783-1789

C’est vraisemblablement vers cette époque qu’il n’y eut plus, et ce jusqu’à la Révolution française, qu’un receveur des terres (en quelque sorte un fermier) à sa tête et que la chapelle, si elle continuait d’être soigneusement entretenue, n’était plus desservie que de temps en temps par un moine de l’Ordre ou par le curé d’Élancourt, tous les jeudis, ainsi que l’atteste un acte de 1750. Il ne reste aujourd’hui des bâtiments originaux que la chapelle en pierre de meulière qui a été inscrite en 1926 à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques.
Les autres bâtiments ont été construits ultérieurement, au cours des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. En 1792, la Révolution française confisque les biens français de l’Ordre de Malte et vend l’ensemble, en tant que bien national. La commanderie devient une ferme et, en 1900, sera une des plus importantes de la région avec une douzaine d’ouvriers agricoles à demeure. À partir de la fin des années 1930, à la suite d’une expropriation, le site va rester à l’abandon jusqu’en 1970, date de la création de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines. L’établissement public d’aménagement (EPA) en devient propriétaire. D’importants travaux de restauration sont alors effectués de 1971 à 1978. Après avoir abrité un office d’information de l’EPA et un centre culturel à vocation polyvalente, à savoir des expositions, des séminaires, des ateliers et des logements d’artistes ainsi qu’un restaurant. Les locaux sont aujourd’hui en cours de réaménagement. Les lieux sont aujourd’hui la propriété de la Communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines.

La Villedieu était une commanderie rectangulaire, telle qu’elle subsiste, malheureusement amputée d’un de ses cotés. Entourée de murs, elle était défendue par un ru. Ce fossé et les pièces d’eau qui existent encore, en partie du moins, avaient une surface de 4 hectares et demi. Ils constituaient non seulement des éléments de protection mais contribuaient largement à l’alimentation de la communauté dont la règle recommandait une faible consommation de viande.

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2-2) La Chapelle

La chapelle de la Villedieu, qui est le dernier témoin médiéval de la région, est un gracieux édifice aux proportions élégantes de 28 mètres sur 8. Sa hauteur intérieure primitive était de 11,80 mètres à la croisée des ogives. les façades sont percées de 14 fenêtres ogivales de 6 mètres sur 1,40 mètre, séparées par des contreforts montant jusqu’au toit d’ardoise. il est rare qu’une chapelle templière soit éclairée avec une telle profusion. Ces fenêtres furent bouchées par les fermiers qui ouvrirent, selon leur fantaisie, des portes et bâtirent des appentis un peu partout.Sous l’unique ouverture de la façade, on trouve un porche surmonté d’une archivolte sculptée en pointe de diamant, signature indubitable du XIIe siècle, cette arcade repose sur deux consoles peu saillantes.

À sa droite et au pignon, une tourelle octogonale, dont l’accès se retrouve à l’intérieur de la chapelle, est coiffée d’un toit conique. Son escalier à vis, éclairé par des meurtrières, conduit au sommet se terminant en lanterneau. On rencontre rarement ce genre de tourelle dans les commanderies; elles sont généralement de surface circulaire. Signalons que la construction octogonale est considérée chez les templiers comme une architecture marquant un endroit initiatique privilégié. De fait, cette tourelle étant d’un diamètre plutôt réduit, on comprend mal pourquoi son concepteur a pris la peine de lui donner cette apparence; dans nombre de chapelle comportant une telle tourelle, cette dernière est incorporée à « l’intérieur » et n’est visible qu’à partir du toit à la manière d’une cheminée. Nous savons que des frères du Temple avaient été intronisés à La Villedieu, cérémonie qui n’avait pas lieu dans toutes les commanderies, ceci expliquant peut-être cela.

Sur la façade sud de la travée la plus proche du chœur, s’ouvrait autrefois une porte secondaire qui, si l’on considère les plans habituels des commanderies, devait donner accès au logis du commandeur. À l’intérieur, l’abside est à cinq pans. Les six arcs de voute, soigneusement moulurées, reposent sur de graciles colonnettes dont les astragales supportent des chapiteaux ornés de feuilles ou de crochets. Vers la droite du chevet, sous une arcade ogivale, s’ouvre dans l’épaisseur du mur, une piscine d’église à deux cuvettes: ronde et carrée. Trois travées d’égales dimensions succèdent au chœur. Leurs arcs sont portées par des culs-de-lampe en encorbellement décorés de feuillages différents à chaque élément-feuilles d’eau, de chêne, de trèfle. Les clés de voute sont toutes sculptées et il semble qu’elles comportaient des motifs issants qui ont disparus.

Le sol a été plusieurs fois remanié; abaissé lorsque la chapelle fut transformée en grange, on y découvrit huit pierres tombales qui furent sans doute récupérées comme matériau de construction. Le sol fut relevé à son niveau initial lors de travaux de restauration; on y découvrit des fragments du dallage originel. Des restes de vitraux furent également découverts. D’une grande simplicité, ainsi qu’il convenait au cadre de la chapelle, des médaillons en provenance de Saint-Denis, ont été incorporées à l’ensemble du chœur.

Cette chapelle ne sera dédiée qu’à saint Jean-Baptiste qu’après son transfert aux hospitaliers.

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2-3) La Croix Templière

Cette croix du XIIs, gravée sur ses deux faces d’une croix templière inscrite dans un cercle, est déterrée lors de la restauration du bâtiment. Il pourrait s’agir d’un vestige d’ornement, d’une pierre tombale ou d’une borne territoriale. La croix templière marque tout ce qui appartient au Temple : hommes, maisons, champs et bétails. Elle est le signe que ces propriétés sont libres d’impositions. Parmi les autres emblèmes cruciformes de l’ordre du Temple se trouvent la croix celtique et la croix de Saint-Georges.

Lors des travaux de restauration dans les années 70, une pierre gravée sur les deux faces d’une croix templière inscrite dans un cercle, a été retrouvée. Tout comme à Westerdale ou à Arveyres, ces croix servaient très certainement de bornes territoriales. On peut voir cette borne aujourd’hui qui a été insérée dans la façade d’un bâtiment face à la chapelle avec les deux faces visibles.

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2-4) Les bâtiments conventuels

Protégé par le ru, les bâtiment conventuels faisait office de rempart contre l’extérieur. Ils datent du XVIIs sur base des XII-XIIIs.

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2-5) L’enceinte et les fossés

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3.Index et bibliographie:

- Châteaux forts et féodalité en Ile de France du XI au XIIIs: André Châtelain – 1983.

- Le patrimoine des communes des Yvelines: FLOHIC – 2000.

- Guide DESLOGIS-LACOSTE « Yvelines » 78: Michel de le Torre – 1992.

- Le guide du patrimoine « Ile de France »: J-M Perouse de Montclos – 1994.

- L’Ile de France des châteaux forts: Christian Corvisier – 2004.

- Ile de France Gothique 2 « les demeures seigneuriales »: Jean Mesqui – 1988.

- Histoire de Neauphle le Château et de ses environs du XIs à nos jours: Alfred Prud’homme – 1902 (red. 1990).

- Un village nommé Breval: Georgette Aucher – 1979.

- L’Ile du fort de Meulan et petite histoire des rues de Meulan: Madeleine Arnold Tétard – 1997 et 2006.

- Mantes médiévale « la collégiale au coeur de la ville »: Agnès Barruol & Nicolas Faucherre – 2000.

- Histoire de Mantes et du Mantois à travers chroniques et mémoires des origines à 1792: Marcel Lachiver – 1971.

- Donjons romans des pays d’Ouest: André Châtelain – 1973.

- Châteaux forts « images de pierre des guerres médiévales »: André Châtelain – 1983.

- Châteaux et enceintes de la France médiévale, de la défense à la résidence, tome I « Les organes de la défense »: Jean Mesqui – 1991.

- Châteaux et enceintes de la France médiévale, de la défense à la résidence, tome II « La résidence et les éléments d’architecture »: Jean Mesqui – 1993.

- Dictionnaire des châteaux et des fortifications du moyen en France: Charles-Laurent Salch – 1979 (red. 1987).

- Dictionnaire des châteaux de France « Ile de France »: Yvan Christ – 1978.

- Demeures médiévales « coeur de la cité »: Pierre Garrigou Grandchamps – 1999.

- Les Cisterciens: Julie Roux – 2003.

- Pour comprendre les monuments de la France: J.A. Brutails – 1997.

- L’héraldique: Claude Wensler – 1997.

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